Mon mémoire en fran√ßais! A sweet and wonderful man named Edouard has translated the first few pages of my memoirMark 947” into French for a class project. I am very flattered! Check it out, if you read French. If you prefer English, there’s always my original version. 😉

1. Au commencement.

J’avais pour habitude de r√™ver d’un navire noir, échoué au milieu de débris rejetés par la mer déchainée. La pluie, atteignant le sol, m’humidifiait les pieds et les instables surfaces des eaux noires s’ouvraient pour engloutir le reflet d’une lune dégagée. Alors que d’épais nuages fondaient dans les airs et glissaient rapidement vers des fissures rouge√¢tres situées entre ciel et mer, les ondulations s’incorporaient aux flaques couleur acier qui se rétrécissaient √† mes pieds, déformant les créatures du dessous, isolées et contorsionnées par la mort. J’avais été laissé en retrait, avec ce navire. Il était sombre et l’eau de mer infiltrée l’avait fait pourrir. ¬´ Je ne suis pas censé √™tre ici, ¬ª dis-je au ciel, mais je n’eus aucune réponse. Il était facile de s’allonger, érodé par l’exhalaison des vagues et les doigts du vent √† la fois doux et déchirants sur mon dos. Il n’y avait personne ici. Aucune volonté. Aucun mal

L’ar√¥me du café fra√Æchement moulu fut la premi√®re chose dont je pris conscience. Je le suivis au travers des brumes et de la lumi√®re envoutante de ma chambre vers un endroit chaleureux, sous les couvertures de mon lit √† deux matelas. Par la suite la porte s’ouvrait, laissant entrer la lumi√®re vive et les bruits de la maison, tous deux aussi familiers qu’une vieille chanson. Maman me soulevait, entra√Ænant couverture et oreiller, et me déposait sur le canapé pour que je me rendorme pendant que Papa finissait son petit-déjeuner. Il y avait l’odeur de sa combinaison huileuse. Le tintement des pi√®ces métalliques de sa gamelle d’ouvrier dans laquelle on disposait thermos et sandwiches.
¬´ Et puis quoi? ¬ª Sa voie était comparable √† de l’argent antique.
¬´ J’essaierai de travailler une o√π deux tournée de plus cette semaine. ¬ª
¬´ Chéri, il faut qu’on en ait au moins la moitié vendredi prochain, o√π y faudra qu’on… ¬ª
« Je sais, Beverly. »
J’enfon√ßais la t√™te dans le coussin et essayais de les ignorer, mais mes r√™ves n’étaient plus l√† pour me distraire. √Ä la télévision, un homme ayant pour t√™te un soleil descendait sa rivi√®re de dessin animé √† la rame pendant qu’une voix suraigu√´ chantait ¬´ Funshine Saturday on A-B-C !!! ¬ª
Papa m’enroulas dans ma couverture rouge tel un burrito et m’emmena √† l’extérieur jusqu’√† la voiture. La porte moustiquaire claqua derri√®re nous et j’inhalais lentement l’air froid et humide de l’aurore. Je me rapprochais, en gigotant, du tissu rigide recouvrant son torse, de la chaleur. J’étais transporté au travers des premi√®res lueurs de l’aube, dans les bras de mon p√®re, √† peine réveillé, jusqu’√† atteindre la chaleur. Allongé sur la banqu√®te arri√®re, je sentais le plastique froid au travers du coton. Discussions brumeuses du matin, deux portes qui claquent, le souffle hypnotique et chaud des bouches de ventilation des si√®ges avant. Les chansons de Loretta Lynn et Pasty Cline entrecoupées de rapports agricoles lus par les voix famili√®res d’hommes √¢gés que je ne connaissais pas. La musique des graviers et des rainures de la route m’arrivaient jusque dans les os, via les pneus, et me réduisait une fois de plus √† néant. Chaque fois que j’émergeais de mon sommeil, je passais d’un réveil sous-marin qui me laissait des yeux chassieux √† la chaleur et aux fen√™tres glauques pressées de toutes parts par le brouillard, arpentant les routes vallonnées du Tennessee.
¬´ Rendors-toi, chéri. ¬ª
¬´ Tu pourrais m’acheter des donuts ? Les petits ? ¬ª J’étais reparti avant d’avoir eus la réponse.
Je n’ai jamais vu ma m√®re porter la moindre trace de maquillage. Enfant, cela ne m’intriguait pas. Je n’avais aucun élément de comparaison. Elle faisait avec les gr√¢ces et les défauts que Dieu lui avait, semble-t-il, indifféremment donné, de telle sorte qu’aucun indice sur les photos ne permettait de distinguer une mode précise, une époque donnée. Je n’ai jamais imaginé voir une boucle d’oreille suspendue √† son oreille, un bracelet √† son poignet. Je ne me suis jamais demandé pourquoi. Je n’ai jamais eu √† le faire.
¬´ Tout d’abord Timothée dit ÀÆJe veux aussi que les femmes, v√™tues d’une mani√®re décente, avec pudeur et modestie…ÀÆ ¬ª. Elle avait un ton révérencieux. Les anciennes paroles étaient adoucies par son accent apaisant, typique de la région. Ces paroles étaient un cadeau, un secret particulier qu’elle voulait me transmettre. ÀÆNe se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueuxÀÆ et les mains de ma m√®re, aujourd’hui encore, sont libres de tout, y compris d’une alliance. Les vanités. Elle n’y pr√™tait aucune attention, elles ne signifiaient rien pour elle.
J’avais ses yeux, verts, et non pas bleus comme ceux de mon p√®re, de mon fr√®re et de ma s≈ìur. Ses cheveux, bruns et épais, lui arrivaient aux épaules. ¬´ Momman, grandpapy te payait vincinq cents pour que tu lui arraches les cheveux gris ¬ª. Une vielle histoire.
¬´ Oui, chéri. ¬ª
« Je pourrais tle faire aussi. »
« Que dit le Proverbe ? »
¬´ Chaque cheveux gris est une couronne, ¬ª récitais-je lassement.
¬´ Un cheveux gris est une couronne éclatante… C’est la récompense d’une vie vertueuse. ¬ª Uniquement de cette fa√ßon laissait-elle apparaitre l’abondance de ses bijoux. Elle a aujourd’hui la peau fra√Æche, les yeux éclatants et embellis d’affection. Bracelets et maquillage lui donneraient un air indécent.

En 1973, alors que je n’avais que deux ans, un missionnaire de l’Eglise de la Prophétie de Dieu vint nous rendre visite et assassina les parents condamnés que je n’ai jamais connus. Ce jour l√† ils moururent dans les bras de Dieu, furent lavés par le sang du Christ et renaquirent par la suite en tant que serviteurs de Dieu. Je me souviens d’un film amateur projeté sur un drap chez ma tante, des images granuleuses et saccadées de ma m√®re, dansant, cocktail √† la main. Son jeune visage détendu et enthousiaste était rouge du fait de la boisson et de l’effort. Filmé il y a tr√®s longtemps, ce film était source de comédie pour les membres de ma famille les moins dévots mais provoquait un rire nerveux chez mes parents. √Ä cette époque l√†, √™tre témoin de son exubérance me terrifiait car je ne l’avais jamais connu sans Dieu. M√™me lorsque j’ai perdu ma foi des années plus tard, je ne souhaitais pas qu’elle en fasse autant. J’ai vécu ma vie d’une certaine fa√ßon, et ce, par obligation, mais je ne sais toujours pas ce qu’il en résultera. Le feu ou la félicité ou le néant, mais je n’entra√Ænerais personne d’autre avec moi. Pourtant, en la regardant danser, j’espérais avoir connu cette personne. Que se serait-il passé si elle avait été ma m√®re ? Qui aurais-je été ?

C’était l’Eglise de la Prophétie de Dieu de Nashville Est. J’étais trop jeune pour savoir que ¬´ Nashville Est ¬ª était synonyme de mauvais quartier. Trop jeune pour savoir que ¬´ de la Prophétie ¬ª signifiait faire une croix sur toutes les choses que le monde avait √† offrir, comme Disney et Star Wars, comme danser et écouter de la musique populaire, en gros sur la quasi-totalité de ce que tout le monde faisait. Tous les dimanches, matin et soir, tous les mercredis soirs et tous les jours durant la semaine du Renouveau nous devions prendre part √† cet inexorable et implacable rituel de l’église.
Au départ nous étions comme n’importe quels autres bébés de l’église. C’étaient tout d’abord des nouveaux nés étroitement langés, bercés durant les sermons interminables et qui, par la suite, m√ªrissaient en bambins aux regards froids qui avaient la chance d’√™tre parqués dans des salles d’éveil durant les prédications. D√®s que l’enfant développait les capacités d’obéissance nécessaires, on entamait la premi√®re étape vers l’√¢ge adulte. D√®s lors on attendait d’eux qu’ils s’assoient silencieusement et écoutent les prédications. Un observateur instruit pouvait, √† ce moment l√†, √™tre témoin de la lente apparition de l’horreur sur leurs visages alors que leur premier sermon s’éternisait et qu’ils réalisaient qu’il n’y aurait pas de livres de coloriage. Pas de jus de fruit. Pas de paillettes ni de colle.

Pin It on Pinterest